Le corps législatif accélère ses efforts pour interdire aux législateurs de parier sur les résultats des événements.

Dans une rare démonstration d'unité, le Sénat américain a pris une mesure décisive pour interdire à ses membres, son personnel et ses officiers de participer aux marchés de prédiction, avec effet immédiat. Cette décision, facilitée par la résolution 708 du Sénat, vise à empêcher les législateurs de s'engager dans des activités potentiellement lucratives mais éthiquement discutables pendant leur mandat. La résolution, présentée par le sénateur républicain Bernie Moreno et élargie par le sénateur démocrate Alex Padilla pour inclure le personnel du Sénat, souligne la nécessité pour les fonctionnaires de maintenir les normes d'intégrité les plus élevées.
Le timing de cette décision est particulièrement significatif, faisant suite à une affaire très médiatisée impliquant un sergent-chef des forces spéciales de l'armée américaine, Gannon Ken Van Dyke, qui aurait utilisé des informations classifiées pour gagner plus de 400 000 $ sur la plateforme Polymarket. Les actions de Van Dyke, liées à l'opération militaire américaine qui a capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro, ont suscité des inquiétudes quant à la vulnérabilité des marchés de prédiction aux délits d'initiés et au potentiel d'exploitation.
Le leader démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a exprimé son soutien à l'interdiction, soulignant l'importance de maintenir la confiance du public dans le Congrès et d'éviter de brouiller les frontières entre service public et spéculation. Cette décision a également attiré l’attention des experts, qui préviennent que les marchés de prédiction restent sensibles aux délits d’initiés en raison de leurs caractéristiques uniques et de l’absence de cadres réglementaires solides.
Selon David Miller, directeur de l'application de la loi à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), les délits d'initiés sur les marchés de prédiction sont une préoccupation urgente qui mérite notre attention. Des recherches universitaires récentes, menées par Joshua Mitts, professeur de droit à Columbia, et Moran Ofir, professeur à l'Université de Haïfa, ont mis en évidence la prévalence des activités suspectes sur Polymarket, les traders signalés atteignant un taux de réussite de 69,9 % et accumulant environ 143 millions de dollars de bénéfices anormaux.
Même si l'interdiction du Sénat constitue une étape importante, il est essentiel de noter qu'il s'agit d'une règle interne qui contrôle le comportement des législateurs et du personnel du Sénat. Les sanctions en cas de non-conformité peuvent inclure des réprimandes, la perte des rôles au sein d'un comité ou des amendes, mais la règle n'a pas le poids d'une loi fédérale. Toutefois, s’il s’avère qu’un législateur a utilisé des informations privilégiées, les lois fédérales existantes peuvent toujours s’appliquer, permettant aux régulateurs et aux procureurs d’intervenir.
L’interdiction des marchés prédictifs a établi des comparaisons avec le projet d’interdiction des transactions boursières, qui est bloqué depuis près d’une décennie. L'interdiction plus stricte et plus simple du marché des prévisions, adoptée en un seul après-midi, met en évidence les complexités et les défis associés à la réglementation des transactions boursières. Les sénateurs Todd Young et Elissa Slotkin ont présenté une législation distincte visant à interdire aux élus fédéraux et aux employés du gouvernement d'utiliser des informations privilégiées sur les marchés de prédiction, soulignant ainsi la nécessité d'une réglementation plus complète.
Le paysage mondial des marchés de prédiction reste fragmenté, avec des approches réglementaires variables selon les pays. Aux États-Unis, les régulateurs commencent à traiter les marchés de prédiction comme des dérivés financiers, tandis qu'au Royaume-Uni, la Financial Conduct Authority a adopté une position prudente. La mosaïque de règles et de réglementations crée des opportunités d’exploitation, ce qui rend essentiel que les régulateurs restent vigilants et proactifs face aux défis posés par les marchés de prédiction. L'issue de l'affaire Van Dyke, étroitement surveillée par les régulateurs, pourrait créer un précédent pour l'application de la Commodity Exchange Act aux informations classifiées de source gouvernementale, fournissant ainsi des informations précieuses sur l'évolution du paysage réglementaire.