La Banque centrale de Russie conteste devant les tribunaux l'UE concernant le gel des avoirs, soulevant des questions sur la confiance institutionnelle

La Banque centrale de Russie vient d’intensifier sa guerre juridique avec l’Europe. Le 25 mai, la CBR a déposé sa deuxième plainte auprès du Tribunal général de l’Union européenne, ciblant cette fois un règlement autorisant le bloc à canaliser le produit des actifs russes gelés vers un programme de prêts de 90 milliards d’euros (105 milliards de dollars) pour l’Ukraine.
La première plainte, déposée en mars, contestait le gel pour une durée indéterminée. Celui-ci va plus loin, affirmant que dépenser de l’argent franchit une ligne juridique totalement différente.
Quels sont réellement les enjeux
L’UE détient environ 210 milliards d’euros (244 milliards de dollars) d’actifs souverains russes gelés depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. La grande majorité de ces fonds, estimés entre 185 et 193 milliards d’euros, se trouvent chez Euroclear, le dépositaire de titres belge qui sert d’épine dorsale à la compensation européenne.
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Le règlement (UE) 2026/467, adopté le 24 février 2026, est le mécanisme juridique spécifique contesté par la Russie. Il autorise l'utilisation des fonds générés par ces réserves gelées pour financer le programme de prêts couvrant 2026 et 2027.
L’argumentation de la CBR repose sur deux piliers : l’immunité souveraine et le droit international. La Russie affirme que le gel pour une durée indéterminée et la réorientation des actifs vers l’Ukraine violent les principes de longue date régissant la manière dont les pays traitent les réserves de leurs banques centrales respectives.
La stratégie juridique parallèle de la Russie
Moscou ne se bat pas seulement devant les tribunaux européens. Le 15 mai, un tribunal arbitral de Moscou a ordonné à Euroclear d'indemniser la CBR d'environ 18 200 milliards de roubles, soit environ 250 milliards de dollars, pour les dommages liés au gel des avoirs.
Ce chiffre est stupéfiant, dépassant même la valeur totale des avoirs gelés. Elle est également, pour des raisons pratiques, inapplicable en dehors de la Russie. Aucune juridiction occidentale ne va honorer une décision d’un tribunal de Moscou qui exige en substance qu’une entreprise belge lui remette un quart de mille milliards de dollars.
La décision donne à la Russie un droit juridique qu’elle peut utiliser comme levier dans les négociations futures. Cela crée également un cadre permettant à la Russie de saisir ou de restreindre les avoirs occidentaux au sein de sa propre juridiction, en citant le jugement du tribunal de Moscou comme justification.
Pourquoi les investisseurs en crypto devraient y prêter attention
Aucun jeton cryptographique ou projet blockchain spécifique n’est directement lié à ces poursuites. L’UE a également activement élargi son cadre de sanctions pour couvrir les prestataires de services sur crypto-actifs, en particulier pour empêcher le contournement du gel des avoirs. Alors que les batailles juridiques sur les réserves gelées s’intensifient, on s’attend à ce que les régulateurs resserrent davantage la vis sur la manière dont les actifs numériques peuvent être utilisés dans les juridictions liées aux entités sanctionnées.