Le projet de loi anti-escroquerie en ligne du Myanmar propose la peine de mort pour coercition et l'emprisonnement à vie pour fraude cryptographique

Le parlement du Myanmar, soutenu par l'armée, a présenté une législation historique le 14 mai 2026, ciblant le secteur florissant de l'escroquerie en ligne dans le pays, comme le rapporte le média CNA. Le « Anti-Online Scam Bill » propose la peine de mort pour ceux qui contraignent de force les victimes à commettre des escroqueries. Il recommande également l’emprisonnement à vie pour les opérateurs de fraude cryptographique et les gestionnaires de centres d’escroquerie. Ce projet de loi constitue la première législation émanant du nouveau gouvernement dirigé par le putschiste Min Aung Hlaing, aujourd'hui président civil. Le projet de loi prévoit des sanctions sévères pour les délits liés à l'escroquerie au Myanmar. La peine capitale s'applique à ceux qui recourent à « la violence, à la torture, à l'arrestation et à la détention illégales ou à des traitements cruels » pour forcer leurs victimes à participer à des escroqueries. Cette disposition traite directement du trafic et des abus de travailleurs étrangers dans les complexes frauduleux. La réclusion à perpétuité est réservée à ceux qui « dirigent un centre d’escroquerie en ligne ». Les personnes reconnues coupables d’« escroqueries à la monnaie numérique (escroqueries aux cryptomonnaies) » encourent la même peine maximale en vertu du projet de loi. Ces sanctions reflètent l’ampleur des dommages financiers causés par les opérations frauduleuses basées au Myanmar à l’échelle mondiale. Selon le Bureau fédéral d'enquête des États-Unis, les victimes américaines ont perdu à elles seules plus de 20 milliards de dollars à cause de ces stratagèmes l'année dernière. Le projet de loi crée également un nouveau comité chargé de coordonner les efforts anti-arnaque avec d'autres pays. Cela témoigne d’une tentative du nouveau gouvernement d’inviter l’engagement et la coopération étrangers. La guerre civile au Myanmar, déclenchée par le coup d’État militaire de 2021, a créé les conditions nécessaires à l’expansion des groupes criminels organisés. Les complexes fortifiés à travers le pays abritent désormais des opérations de fraude sur Internet à grande échelle. Ces sites ont suscité des critiques de la part de la Chine voisine, dont les citoyens sont souvent impliqués à la fois comme auteurs et comme victimes. Le projet de loi anti-arnaque en ligne est la première loi majeure présentée par le gouvernement civil de Min Aung Hlaing. Les organismes de surveillance de la démocratie décrivent la récente transition gouvernementale comme une simple tentative de « rebaptiser le régime militaire » et de mettre fin au statut de paria que les dirigeants du Myanmar ont enduré depuis le coup d’État. Les critiques affirment que ce changement ne représente pas une véritable réforme démocratique. Le nouveau gouvernement a également annoncé qu'Aung San Suu Kyi avait été transférée de prison à une assignation à résidence il y a deux semaines. Les observateurs y voient en grande partie une tentative de « blanchir son image » plutôt qu’une concession substantielle. Les partis d’opposition, dont la Ligue nationale pour la démocratie de Suu Kyi, ont été exclus des récentes élections soutenues par la junte. La Chine a soutenu par intermittence les groupes rebelles et l’armée tout au long des cinq années de conflit au Myanmar. Pékin a récemment tendance à soutenir le gouvernement militaire, en partie à cause de la frustration suscitée par le nombre de citoyens chinois « qui fondent des centres d’escroquerie, y travaillent et en sont victimes », selon les analystes. L’industrie de l’escroquerie a considérablement mis à rude épreuve ces relations bilatérales. Le parlement du Myanmar devrait se réunir la première semaine de juin. L’adoption du projet de loi représenterait l’une des réponses juridiques les plus sévères à la cyber-fraude en Asie du Sud-Est. Reste à savoir si l’application sera à la hauteur de l’ambition de la législation.